Le budget selon les chefs d’entreprise : des dépenses prématurées, des réductions d’impôt insuffisantes, des risques exagérés au niveau de la dette

En accordant tant de place aux nouvelles dépenses dans son budget, le ministre des Finances, Paul Martin, a raté une chance sérieuse de donner un coup de fouet à l’économie et de mettre les Canadiens à l’abri d’une économie mondiale incertaine. Telle est la conclusion à laquelle est parvenu le Conseil canadien des chefs d’entreprise (CCCE).


Le Conseil, qui regroupe les cadres supérieurs de 150 grandes entreprises canadiennes, s’est dit vivement déçu du budget fédéral de 1999 à deux égards : le gouvernement ne s’est pas attaqué assez énergiquement à ce qui demeure la principale faiblesse du pays – une dette publique dangereusement élevée – et la décision de M. Martin de ne pas répartir plus équitablement les surplus fédéraux entre les contribuables qui en font les frais.


« Le Canada est nettement en meilleure posture qu’il l’était il y a cinq ans, mais l’économie s’essouffle, le chômage reste excessif, les gains de productivité sont anémiques et la dette publique demeure écrasante au moment précis où on ne peut que s’inquiéter des perspectives de l’économie mondiale », a déclaré Thomas d’Aquino, président et chef de la direction du CCCE.


M. d’Aquino et plusieurs de ses collègues du Conseil ont récemment assisté au Forum économique mondial à Davos, en Suisse, où les plus hauts dirigeants du monde des affaires ont convenu à l’unisson que la situation économique était loin d’être reluisante dans le monde, ce qui aggrave les risques pour les pays surendettés et surtaxés.


En septembre dernier, le Premier ministre Jean Chrétien avait réagi à la tempête qui secouait les marchés financiers en déclarant que, « quel que soit l’excédent cette année, nous ne prévoyons pas de nouvelles dépenses majeures en plus de ce qui figure déjà dans le budget. Ainsi, nous pourrons rembourser une part plus importante de la dette que ce qui était prévu dans le Plan de réduction de la dette ».


« Non seulement le nouveau budget néglige cette promesse en dépensant l’excédent réalisé, mais il n’injecte pas un seul dollar dans une réduction inconditionnelle de la dette l’an prochain, d’expliquer M. d’Aquino. Certes, les marchés financiers ont retrouvé un peu de leur vigueur depuis l’été, mais le Canada n’en reste pas moins très vulnérable. »


Les réductions d’impôt du budget épousent étroitement les priorités énoncées à l’automne par le CCCE. Cependant, elles laissent considérablement à désirer compte tenu de ce qui aurait pu être réalisé étant donné l’ampleur de l’excédent enregistré cette année. Les tranches d’imposition et les crédits d’impôt n’étant que partiellement à l’abri de l’inflation, les coupures envisagées ne feront pas long feu.


« Les Canadiens versent déjà plus d’impôt sur le revenu que les habitants des autres principaux pays industrialisés, et leur fardeau continue de s’alourdir, a poursuivi M. d’Aquino. L’an prochain, l’impôt sur le revenu devrait rapporter environ 24 milliards de dollars de plus à l’État, soit 46 pourcent de plus qu’au moment où l’administration actuelle est arrivée au pouvoir. Pareille somme représentera alors plus de la moitié des rentrées fiscales du gouvernement fédéral. »


Le CCCE estime que les réductions modestes introduites par le budget de 1999 contribueront peu à enrayer l’exode des Canadiens de talent vers les États-Unis et ne donneront pas lieu à une croissance sensible de la productivité ni de l’emploi. Les documents du budget comportent un examen méticuleux des réductions d’impôt qui pourraient vraiment renverser la situation, mais ils restent muets sur le moment où l’allègement tant espéré du fardeau fiscal pourrait se produire.


« Nous avons grandement besoin de baisses d’impôt significatives afin de relancer la productivité, affirme
M. d’Aquino. Pour investir davantage dans le savoir et accepter de prendre des risques en tant qu’investisseurs et entrepreneurs, les Canadiens doivent conserver une plus grande fraction de chaque dollar supplémentaire qu’ils gagnent. »


Le CCCE croit toujours que la santé et la recherche-développement méritent des fonds plus importants. Il applaudit la décision du gouvernement de répartir équitablement les fonds destinés au secteur de la santé en rétablissant les paiements de transfert pour les services sociaux et de santé selon le nombre d’habitants dans toutes les provinces d’ici trois ans.


Le Conseil estime néanmoins que pareils plans auraient dû être élaborés avec plus de soin, dans une optique fiscale plus prudente. « Le gouvernement a simplement permis trop de dépenses trop tôt, sans vraiment s’assurer que l’argent sera utilisé à bon escient », de terminer M. d’Aquino.

Selon le Conseil, il est impérieux que le Canada devienne une puissance économique mondiale au XXIe siècle. Le ministre des Finances abonde dans le même sens. Au cours des semaines à venir, le CCCE lancera un projet d’envergure afin de parvenir à une entente sur la manière d’atteindre un tel objectif.


Le Conseil canadien des chefs d’entreprise est une organisation sans but lucratif et sans parti pris politique permettant aux chefs d’entreprise canadiens d’offrir leur participation dans les grands dossiers nationaux et internationaux. Les sociétés membres du Conseil administrent près de 1,9 billion de dollars d’actif, ont un chiffre d’affaires annuel dépassant les 500 milliards de dollars, emploient environ un Canadien actif sur dix et assument la plus grande part des investissements, des exportations et des efforts de recherche-développement et de formation privés au Canada.