Canada Premier! Prendre les devants dans une économie mondiale en transformation

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En tant que leaders de l’entreprise canadienne, nous nous soucions de l’avenir de notre pays. Nous connaissons l’importance d’une bonne gouvernance, d’une gestion financière rigoureuse, du développement continu des personnes et des idées et, par-dessus tout, d’une stratégie solide que nécessite la croissance soutenue de nos entreprises. Nous savons que le Canada ne peut se suffire de moins.


Aujourd’hui, en tant qu’économie, le Canada semble bénéficier d’une position très favorable. Il est le seul pays industrialisé d’importance à afficher régulièrement des surplus dans ses budgets fédéraux et dans ses comptes commerciaux et courants. Il a connu la meilleure croissance économique parmi les pays du G-7 au cours des cinq dernières années, portant son taux de chômage à son niveau le plus bas depuis les années 1970 et affichant d’impressionnants gains au chapitre des revenus familiaux, des bénéfices et des recettes fiscales.


En tant que société, le Canada reste un pays phare pour le reste du monde. Grâce aux services sociaux qu’il offre, personne ne souffre de pauvreté extrême et chacun a des possibilités de prospérer. Son engagement de propager les valeurs de la paix et de la démocratie partout dans le monde s’allie à une ouverture sans égale à l’immigration. Aucun autre pays n’a aussi bien réussi à établir des collectivités au sein desquelles des gens de tous les coins du monde peuvent se sentir chez eux. 


En tant qu’entité politique, toutefois, le Canada est un pays à la dérive. Un gouvernement fédéral minoritaire est en voie de dilapider les fruits d’années de sacrifices. Les gouvernements provinciaux et municipaux accentuent le problème en exigeant de multiples ententes spéciales qui leur accordent une part plus importante des impôts payés par tous les Canadiens sans avoir à rendre de comptes à tous les Canadiens. Sur la scène politique, l’idée même d’élaboration de politiques stratégiques est éclipsée par la recherche éperdue d’avantages tactiques momentanés.


Des pratiques répréhensibles ont porté la confiance du public à son niveau le plus bas. À la Chambre des communes, la civilité et la coopération ont disparu. La fonction publique est paralysée et démoralisée. Des millions de Canadiens sont frustrés et consternés par ce spectacle. 


Ce qui manque douloureusement aujourd’hui, c’est une vision ambitieuse de ce que le Canada pourrait accomplir au cours des cinq à dix prochaines années et une stratégie cohérente qui permettrait de concrétiser cette vision de manière à mobiliser le soutien de toute la société canadienne. 


Le Conseil canadien des chefs d’entreprise (CCCE) est une organisation non partisane formée d’individus ayant à cœur de bâtir un Canada plus fort et un monde meilleur. Depuis longtemps, nous contribuons avec fierté à l’évolution des débats nationaux importants, qu’il s’agisse du libre-échange ou de la réforme de la Constitution, ou encore de la lutte à l’inflation et aux déficits gouvernementaux. 


En 1999, nous avons lancé l’Initiative pour le leadership mondial du Canada, qui a mené à la présentation, en 2000, d’une déclaration intitulée Champion mondial ou héros d’un jour ? Le choix qui s’impose au Canada. Dans cette déclaration, qui faisait suite à plusieurs mois de consultations et de recherches, nous avons traité d’un large éventail d’enjeux reliés à la compétitivité et nous avons établi la nécessité d’importantes réductions d’impôt à titre de première mesure essentielle. En octobre 2000, le gouvernement fédéral annonçait un plan de cinq ans de réduction des taux d’imposition des particuliers et des sociétés, dont les Canadiens ont, depuis, profité des avantages.


Mais l’économie canadienne ne fonctionne pas en vase clos et le reste du monde se transforme rapidement. C’est pourquoi nous lançons aujourd’hui l’étape suivante de notre démarche en cours en vue d’accroître la compétitivité et d’assurer la prospérité future du Canada.


Au moment où les dirigeants politiques du pays s’apprêtent à mettre fin à leurs travaux pour la pause de l’été et à s’éloigner de la frénésie partisane des dernières semaines, le temps est venu de mettre de l’avant les intérêts du Canada. Il est temps de mettre de côté les injures et les accusations et de penser à ce qui est bon pour le pays.  Il est temps de considérer ce qui arrivera aux emplois et aux investissements dans chacun des secteurs de l’économie en l’absence d’une action nationale concertée, et de discuter de l’immense potentiel que nous avons en tant que pays si nous y allons de plein fouet.  Le temps est venu pour les canadiens de travailler ensemble pour façonner des stratégies nationales et des choix de politiques publiques qui sont nécessaires si le Canada est pour prendre les devants dans une économie mondiale en transformation.


Nous ne prétendons avoir aucun mandat des citoyens du Canada, ni aucun monopole sur les bonnes idées. Tous les citoyens ont néanmoins le devoir de se lever et de prendre position, de présenter leurs meilleures idées pour l’avancement de l’intérêt national et de s’efforcer le plus possible de faire progresser ces idées. En lançant l’initiative Canada Premier!, nous espérons compter parmi de nombreuses voix qui contribueront à insuffler un sentiment renouvelé d’idéal national.


Au cours des prochains mois, nous voulons mettre à contribution notre savoir-faire pour réfléchir stratégiquement sur la compétitivité et la productivité en fonction du défi plus large de dessiner un avenir plus prospère pour le Canada. Nous solliciterons également les compétences et les points de vue d’autres intervenants qui partagent notre passion de bâtir un Canada meilleur. Notre but est d’articuler pour le pays une vision stratégique et un plan d’action qui seront en mesure de susciter un appui large dans tous les secteurs et les régions, et ce, avant la prochaine élection fédérale.


Nous nous appuyons sur deux prémisses fondamentales : une économie forte et concurrentielle sur la scène mondiale offre les fondements nécessaires à l’amélioration de la qualité de vie des Canadiens; une bonne gouvernance et des politiques publiques judicieuses sont des conditions essentielles à une croissance économique vigoureuse et durable. Le Canada possède des atouts et des faiblesses au plan de la compétitivité de son secteur privé et au plan de sa gouvernance et de son cadre de politiques publiques.  Dans le contexte du lancement de notre initiative, nous proposons six enjeux critiques à résoudre pour hisser le Canada au premier rang.


LES DÉFIS ET POSSIBILITÉS DU CANADA


Le Canada a fait d’immenses progrès au cours de la dernière décennie, s’adaptant à un commerce libéralisé ainsi qu’à une inflation et à des taux d’intérêt réduits; il a aussi transformé les énormes déficits du solde budgétaire fédéral en surplus répétés. Il reste néanmoins un pays dont l’identité et la prospérité sont liées à son engagement à l’égard du monde. Mais le reste du monde se transforme. Il faut donc nous adapter; et nous devrions anticiper les possibilités qu’il offre et forger nos stratégies en fonction de celles-ci.


Au plan économique, notre monde est en voie d’être transformé par l’évolution rapide des économies asiatiques, en particulier la Chine et l’Inde. Cette transformation a été jusqu’à maintenant bénéfique pour le secteur des ressources du Canada, mais elle comporte des défis pour les autres entreprises, qu’elles oeuvrent dans la fabrication ou les services. Dans chacun des secteurs de l’économie, le Canada doit faire face à la nécessité de se spécialiser et de se tourner vers des activités à valeur ajoutée supérieure.


Malgré notre économie fortement axée sur le commerce, trop peu de sociétés canadiennes, en particulier parmi nos petites et moyennes entreprises, exportent leurs produits, investissent à l’étranger ou font appel à des partenaires internationaux. Notre expérience et une grande quantité de faits économiques laissent croire que, peu importe leur appartenance, les entreprises qui ont des opérations au Canada et qui sont présentes sur la scène mondiale sont davantage susceptibles de former des partenariats avec des universités, de développer des produits destinés à l’exportation, d’adopter de nouvelles technologies et d’investir dans la formation du personnel. Pour assurer la prospérité de nos entreprises et de notre pays, nous devons intensifier encore davantage que dans le passé notre présence sur la scène mondiale. 


Pendant ce temps, le monde est aux prises avec une menace très différente, celle du terrorisme international. Le Canada n’a jamais limité son engagement mondial aux enjeux du commerce et de l’investissement et nos intérêts économiques et valeurs démocratiques exigent que nous soyons des partenaires actifs dans le combat qui doit être constamment mené contre ce fléau. La menace directe qui pèse sur les intérêts du Canada réside dans la capacité du terrorisme de nuire à la circulation efficace des biens et des individus à la frontière qui nous sépare de notre principal partenaire commercial, les États-Unis. Mais la menace la plus fondamentale porte sur l’économie mondiale libre, sur laquelle repose notre prospérité, ainsi que sur les valeurs qui sont au cœur de notre société. Aucune stratégie nationale destinée à résoudre les défis économiques ne réussira si elle ne contribue pas aussi à la paix et à la sécurité du monde.


LES ATOUTS ET LES FAIBLESSES DU CANADA


Pour l’élaboration du parcours qu’il compte emprunter, le Canada dispose au départ d’avantages importants, qui sont toutefois atténués par de grandes faiblesses. L’assise financière du pays reste forte, mais elle est menacée par une croissance effrénée des dépenses. La baisse des taux d’imposition a stimulé la croissance économique, mais notre structure fiscale défavorise l’investissement et notre fardeau fiscal global reste plus élevé que celui de la plupart de nos principaux partenaires commerciaux et concurrents pour ce qui est des investissements nouveaux. Le Canada bénéficie de normes élevées d’application de sa réglementation, mais la structure fragmentée de celle-ci et ses processus sont trop complexes, lents, coûteux et incertains. Notre main-d’œuvre compte parmi les plus qualifiées au monde, mais encore trop de jeunes ne réussissent pas à compléter leurs études secondaires. Le Canada est un leader mondial au plan de la bonne gouvernance des pouvoirs publics et des entreprises, bien que la confiance du public à l’égard de ces deux composantes ait décliné.


Derrière l’apparence de santé de l’économie canadienne, nous constatons certains signaux inquiétants. À court terme, même si la montée de l’Asie en tant que puissance économique a procuré d’importants gains aux producteurs de ressources du Canada, elle a entraîné la hausse de la devise canadienne, en particulier par rapport à celle de notre plus important client étranger, les États-Unis. Les investissements des entreprises dans de nouveaux matériels et équipements augmentent à des taux dépassant les deux chiffres, mais l’effet combiné de la hausse de notre devise et de l’intensification de la concurrence exercée par l’Asie et d’autres régions reste une menace grave pour l’avenir de l’assise manufacturière du Canada.


L’envergure et la rapidité des changements qui touchent le marché mondial signifient que les entreprises canadiennes de tous les secteurs doivent envisager toutes les options de localisation de leurs activités et que les gouvernements et collectivités du Canada doivent faire tout leur possible pour favoriser leur compétitivité et les inciter à croître à partir du Canada. Les principaux indicateurs économiques laissent croire que, malgré ses atouts passés, le Canada a commencé à perdre du terrain.


Ainsi, la productivité de la main-d’œuvre canadienne a connu une croissance moyenne de 1,7 pour cent par an depuis 1997. Il s’agit de la deuxième meilleure performance parmi les pays du G-7, mais cette performance est en deçà du taux de croissance moyen de 2 pour cent que nous devrons afficher au cours des trente prochaines années pour payer les coûts prévus des soins de santé et des rentes ainsi que les autres coûts liés au vieillissement de la population. Pis encore, la production moyenne par heure a augmenté au total de seulement 0,1 pour cent en 2003 et en 2004. En d’autres mots, malgré les investissements des entreprises, à un rythme frénétique, dans du nouveau matériel et équipement, la croissance de notre productivité a été pour l’essentiel nulle au cours des deux dernières années.


Autre indice inquiétant : la mauvaise performance du Canada quant à sa capacité d’attirer l’investissement étranger, un élément qui joue un rôle essentiel au chapitre de la création d’emplois et de l’innovation en affaires. L’investissement étranger direct au Canada a augmenté à une cadence moyenne de neuf pour cent par année au cours des années 1990. Il n’a pas progressé du tout en 2003, ce qui représente la plus mauvaise performance du pays depuis les années 1930 et sa hausse n’a été que de trois pour cent l’an dernier.


Pour soutenir des programmes sociaux de premier ordre, il faut une économie de premier ordre et le Canada a désespérément besoin d’une stratégie économique cohérente pour préserver ces deux acquis. Si les Canadiens veulent que la situation favorable dont ils bénéficient aujourd’hui se poursuive, les leaders du gouvernement, du monde des affaires et des collectivités doivent mettre de côté leurs différends à court terme et travailler ensemble pour bâtir un avenir dans lequel le Canada n’aura pas son pareil.


SIX MOYENS DE HISSER LE CANADA AU PREMIER RANG


Pour établir un consensus sur une stratégie nationale, nous devons faire davantage que de placer les intérêts du pays devant les intérêts particuliers des citoyens, des entreprises, des groupes d’intérêts et des gouvernements. Nous devons nous entendre pour faire preuve d’audace dans notre vision du pays et viser à hisser le Canada au premier rang des nations du monde dans les domaines qui sont des catalyseurs de la prospérité nationale.


1. Premier au chapitre de la bonne gouvernance


La bonne gouvernance n’est pas en soi un avantage concurrentiel, mais plutôt le fondement d’une croissance économique saine et soutenue et pour l’avancement social.  La bonne gouvernance est aussi importante au succès d’un pays qu’elle l’est au succès des entreprises.


La pluie de scandales d’entreprises hautement médiatisés à laquelle nous avons assisté ces dernières années a fait en sorte que des nouvelles règles et une exécution plus rigoureuse de la loi sont de toutes parts exigées. Les forces du marché ont également joué leur rôle à cet égard, forçant souvent le changement plus rapidement que les gouvernements. En tant que dirigeants d’entreprise, nous sommes les premiers à admettre que le travail de rétablissement de la confiance du public à l’égard de l’entreprise privée est loin d’être terminé. Mais en se concertant, les gouvernements, les organismes de réglementation, les investisseurs institutionnels, les ordres professionnels, les marchés financiers ainsi que les administrateurs et dirigeants d’entreprise ont réussi à transformer les pratiques de gouvernance des sociétés canadiennes dans un délai remarquablement court.  Ces pratiques sont parmi les meilleures au monde.


Le scandale fédéral des commandites est par ailleurs devenu le symbole de la nécessité d’une transformation aussi importante de la gouvernance publique. Ce que le Premier ministre Paul Martin a appelé le « déficit démocratique » du Canada exige des interventions sur au moins deux plans.


Tout d’abord, la réforme de la gouvernance publique doit prendre exemple sur celle qui a été instaurée dans le secteur privé au chapitre du renforcement de la transparence et de la responsabilisation. Dans le secteur privé, les chefs de la direction et directeurs financiers doivent désormais certifier que chaque rapport qu’ils produisent reflète de manière juste l’état des activités de l’entreprise, que tout ce qui est mentionné dans le rapport est vrai, que rien n’a été omis qui pourrait rendre trompeur ce qui a été dit et qu’ils connaissent tous les faits pertinents. Nous suggérons que les gouvernements envisagent de recourir à des moyens semblables de renforcer la responsabilité personnelle des ministres et sous-ministres. 


En deuxième lieu, il est nécessaire de réorganiser d’urgence les relations entre les gouvernements du Canada. La souplesse d’une structure de gouvernance fédérale peut constituer un avantage concurrentiel, mais les relations intergouvernementales au Canada sont maintenant dominées par le débat interminable entourant ce qu’on appelle le déséquilibre fiscal : les surplus répétés enregistrés par le gouvernement fédéral au moment où plusieurs provinces luttent contre l’augmentation effrénée des coûts liés aux soins de santé. Cette situation a mené à la conclusion d’un enchevêtrement d’ententes ponctuelles et asymétriques qui ont entraîné une explosion des dépenses publiques tout en réduisant l’obligation de rendre des comptes aux contribuables.


Pour que le Canada soit en mesure d’exercer une concurrence plus efficace dans l’économie mondiale, il est vital que nous nous occupions à la structure de notre fédération. Nous devons pour ce faire non pas procéder à des changements constitutionnels, mais plutôt examiner de manière systématique et pragmatique ce que les Canadiens souhaitent de la part de leurs gouvernements, déterminer les ordres de gouvernement pouvant assurer la valeur la plus avantageuse dans chaque cas et trouver la manière de faire en sorte que chaque gouvernement puisse encaisser les recettes dont il a besoin pour s’acquitter de ses responsabilités.


2. Premier au chapitre des services et de l’infrastructure publics


Ce que les gouvernements font et leur manière de procéder ont des répercussions fondamentales sur la compétitivité et la réussite économique du Canada. La réputation de disposer d’une règle de droit rigoureuse, de services de police efficaces, d’un pouvoir judiciaire indépendant et de fonctionnaires honnêtes et compétents constitue le fondement essentiel de toute économie concurrentielle. Une politique fiscale et monétaire solide constitue par ailleurs l’assise d’une croissance économique durable. Des services publics efficaces, qu’il s’agisse des infrastructures, du système d’éducation, des activités culturelles ou de la défense nationale, peuvent s’appuyer sur cette assise pour contribuer à rendre notre économie plus concurrentielle et productive.


L’enjeu le plus important de l’action des gouvernements n’est pas l’envergure de leurs activités, mais plutôt la valeur qu’ils sont en mesure de produire avec l’argent qu’ils dépensent. Les gouvernements doivent veiller à s’assurer que leurs activités contribuent à la croissance économique future plutôt que de strictement redistribuer la richesse pour des besoins de consommation courante. Ils doivent aussi déterminer comment le mieux livrer les services qu’ils jugent importants et s’assurer de ne pas ignorer les possibilités de partenariats avec le secteur privé s’ils peuvent constituer des moyens plus concurrentiels et efficaces d’atteindre des objectifs de politiques publiques importants. Peu importe ce que font les gouvernements, ils doivent bien le faire et faire mieux que ce que le pays pourrait faire par d’autres moyens.


3. Premier au chapitre de la fiscalité et de la réglementation


La fiscalité et la réglementation sont les deux instruments les plus efficaces dont disposent les gouvernements pour influer sur le contexte commercial sans engager de dépenses publiques. 


La politique fiscale est une question d’équilibre. Les gouvernements doivent percevoir suffisamment de taxes et d’impôts pour s’acquitter de leurs activités courantes tout en nuisant le moins possible à la croissance économique, qui déterminera leur assise fiscale future. L’impôt sur le revenu et sur l’investissement des entreprises est plus nuisible à la croissance économique que ne le sont les taxes à la consommation. C’est pourquoi les pays européens qui imposent un fardeau fiscal élevé et offrent des programmes sociaux d’envergure comptent fortement sur les taxes à la valeur ajoutée, comme la TPS, tout en limitant leurs taux d’imposition des sociétés et des particuliers à des niveaux relativement bas.


À l’échelle mondiale, on constate une tendance plus forte à un abaissement des taux d’imposition des sociétés. Depuis 1997, 25 des 30 pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques, dont le Japon, l’Allemagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni, ont diminué de façon importante les impôts des sociétés. Le Canada affiche maintenant le troisième plus haut taux effectif marginal d’imposition à l’égard de l’investissement des entreprises du monde industrialisé.


Contrairement à la fiscalité, la réglementation peut servir à améliorer la compétitivité sans produire de coûts financiers directs. Une réglementation solide contribue à renforcer l’image d’un pays et assure un cadre attrayant pour l’investissement des entreprises. Une réglementation déficiente nuit à la croissance en imposant des coûts et des retards excessifs, en alimentant l’incertitude et en causant de l’incohérence et des dédoublements.


4. Premier au chapitre de l’investissement et de la productivité


Récemment, le ministre des Finances, Ralph Goodale, soulignait qu’une fiscalité concurrentielle et une réglementation intelligente avaient pour but d’encourager les entreprises canadiennes à accroître leur productivité et leur rendement. Compte tenu du vieillissement de la population, a-t-il déclaré, « nous devons accroître la capacité de production de notre économie si nous voulons continuer de bénéficier des avantages qu’offre l’une des sociétés les plus compatissantes et les plus équitables du monde, et bâtir une économie encore meilleure pour la prochaine génération de Canadiens, et même au-delà ».


La productivité par heure de travail du Canada dans le secteur des entreprises se chiffrait à 82 pour cent de la moyenne enregistrée aux États-Unis en 1999. Dans les domaines des produits du bois, du papier, des mines, des métaux de première fusion, des véhicules automobiles et autres produits de transport, de la construction, de l’imprimerie et de l’édition, la productivité du Canada est plus élevée que celle des États-Unis. Mais dans 19 secteurs industriels sur 28, elle accuse du retard avec des implications dangereuses concernant le futur des emplois canadiens.


Des études réalisées par le McKinsey Global Institute laissent croire que les politiques gouvernementales jouent un rôle de premier plan à l’égard de la limitation de la productivité. Les restrictions touchant l’investissement étranger, par exemple, nuisent à la productivité en réduisant la concurrence et les incitatifs à l’innovation; or, le Canada est à cet égard plus restrictif que chacun des autres membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), à l’exception de l’Islande. De même, les barrières non tarifaires, comme les offices de commercialisation, limitent la productivité de l’agriculture canadienne, alors que les obstacles au commerce intérieur agissent comme un frein dans des secteurs comme celui des services personnels. La fragmentation et le dédoublement de la réglementation ajoutent à ces obstacles. Le maintien de treize organismes de réglementation des valeurs mobilières distincts, par exemple, fait augmenter le coût du capital et freine l’investissement et la productivité des entreprises partout au pays.


Peu importe le cadre commercial créé par les gouvernements, le secteur privé du Canada doit s’efforcer davantage d’améliorer la productivité et d’exercer une concurrence vigoureuse au pays et à l’étranger. Il nous incombe, en tant dirigeants des entreprises du pays les plus importantes et les plus présentes sur la scène mondiale, de faire notre part, non seulement en assurant l’expansion de nos propres entreprises, mais aussi en encourageant les autres à élever leurs ambitions et à explorer de manière plus audacieuse les possibilités d’un marché mondial. 


5. Premier au chapitre de l’éducation et du savoir-faire


Les représentants de la génération du baby-boom étant au seuil de la retraite, une main-d’œuvre qui représentera une partie moins importante de la population devra soutenir une population croissante de personnes âgées qui devront davantage compter sur les soins de santé publics, sur les régimes de retraite et sur d’autres programmes sociaux. Compte tenu de cette réalité, nous devons veiller à ce que chaque Canadien soit en mesure de réaliser son plein potentiel.


Parmi les pays du G-7, le Canada compte la plus forte proportion de citoyens ayant une formation post-secondaire. Mais nous affichons aussi des faiblesses importantes, notamment un taux excessif d’abandon des études secondaires, en particulier parmi les garçons et les jeunes autochtones, un faible taux d’embauchage d’apprentis dans les métiers spécialisés, des problèmes persistants d’accès à l’éducation post-secondaire et une performance inégale parmi les employeurs des secteurs public et privé en ce qui concerne l’encouragement et le financement de l’apprentissage continu.


Au niveau post-secondaire, le gouvernement a priorisé le financement accru de la recherche-développement au cours des dernières années, ce qui aide les établissements d’enseignement post-secondaire à attirer et à retenir des professeurs et des chercheurs de valeur. Cependant, le Canada a connu moins de succès jusqu’à maintenant pour ce qui est de l’accroissement du taux de commercialisation des résultats de ses recherches.


Ce que feront les compagnies et les secteurs d’industries existants avec les résultats des recherches canadiennes jouera un rôle important afin de déterminer ceux qui grandiront et ceux qui diminueront dans les décennies à venir.  Afin d’assurer une croissance saine de notre économie dans son ensemble, le Canada doit aussi être plus créatif et plus déterminé à encourager de nouvelles entreprises du savoir et le développement de nouveaux secteurs d’affaires.


6. Premier au chapitre de l’immigration et de l’intégration


Exploiter au maximum notre bassin de compétences actuel ne suffit pas. L’économie canadienne a toujours su compter fortement sur l’immigration, ce qu’elle continuera de faire pour la totalité de la croissance nette de sa main-d’œuvre au cours des prochaines années. Entre-temps, d’autres pays commencent à fournir une concurrence plus vigoureuse à ce chapitre. 


Le Canada doit veiller davantage à inciter les personnes de talent à s’établir ici et à permettre aux immigrants de réaliser leur plein potentiel au sein de notre économie. La société ouverte et diversifiée que nous avons bâtie procure au Canada un avantage concurrentiel réel au sein de l’économie mondiale, mais nous ne devons pas prendre cet avantage pour acquis. 


Nous devons offrir davantage que des portes ouvertes. Nous devons faire du Canada la destination de prédilection des gens de talent ayant des compétences, de l’énergie et de la motivation.  En tant que dirigeants d’entreprises canadiennes, nous sommes déterminés à faire notre part pour solidifier notre réputation en tant que pays comme étant un endroit de grandes possibilités.


VERS UNE NOUVELLE STRATÉGIE NATIONALE


La mondialisation a été bonne pour le Canada. Dans les années 1980 et 1990, la volonté de notre pays d’ouvrir son économie a entraîné une vague d’innovation et de créativité dans le secteur privé. L’engagement simultané d’observer une politique financière et monétaire rationnelle a favorisé une croissance plus rapide et durable; cette tendance a été accentuée par la diminution des taux d’imposition au cours des cinq dernières années.


La poursuite de l’évolution de l’économie mondiale, cependant, pose de nouveaux défis pour chacune de nos industries. L’abondance de ses ressources naturelles, son assise technologique avancée, sa main-d’œuvre hautement qualifiée et sa société diversifiée et ouverte font que le Canada peut être un modèle de réussite post-industrielle. Sous plusieurs aspects, nous faisons déjà l’envie du reste du monde, mais nous ne pouvons prendre cette situation ou ses avantages pour acquis.


Pour réaliser son potentiel, le Canada doit dépasser de manière décisive le stade actuel de suffisance et de manque de direction dont il fait preuve. Nous devons, collectivement, élaborer une vision de ce nous voulons que le Canada soit d’ici 2010 et 2015, établir un consensus large à l’égard de cette vision et mettre en œuvre une stratégie cohérente en vue de la concrétiser.


Ce qui importe vraiment pour les Canadiens, ce n’est pas la position des partis politiques dans les sondages d’opinion dans les cinq prochaines minutes, mais plutôt le genre de pays dont hériteront les enfants de la prochaine génération, quel genre de travail feront-ils et quelle sorte de vie auront-ils.  Il y a cinq ans, le Conseil canadien des chefs d’entreprise s’est donné comme but incontournable de faire du Canada « le meilleur endroit au monde où vivre, travailler, investir et prospérer ». À l’aube de la prochaine étape de nos efforts constants en vue de réaliser ce but, nous espérons que d’autres intervenants se joindront à nous afin de hisser le Canada au premier rang. 


Richard L. George
Président du Conseil d’administration


Thomas d’Aquino
Chef de la direction et président


Dominic D’Alessandro
Vice-président


Paul Desmarais, Jr
Vice-président


Jacques Lamarre
Vice-président


Gwyn Morgan
Vice-président


Gordon Nixon
Vice-président


Messieurs. George, D’Alessandro, Desmarais, Lamarre, Morgan et Nixon sont  respectivement chefs de la direction de Suncor Énergie Inc., la Financière ManuVie, de Power Corporation du Canada, du Groupe SNC-Lavalin Inc., de la EnCana Corporation et de la Banque Royale du Canada.